le 30 Mai 2011
Michel Boujut, 71 ans, critique de cinéma, est mort d’une hépatite, dans un hôpital parisien, dans la nuit de samedi à dimanche.
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En ce même mois de mai, il y a exactement cinquante ans, Michel a pris une décision, murement réfléchie, qui aura été un tournant de sa vie. Mobilisé pour aller faire la guerre en Algérie ( 1954-1962 ), il a déserté. Où se cache-t-on le mieux ? Dans les salles obscures ! Boujut découvre à Paris, au Quartier Latin, les grands classiques du cinéma : Ford, Mizoguchi, Bergman, Visconti. La désertion de la guerre en fera un amoureux de la vie au cinéma. Cette histoire, il l’a racontée dans un texte répondant à l’Appel des Douze pour la reconnaissance de la torture française en Algérie lancé le 31 octobre 2000, adressé à l’Humanité, et publié le 8 novembre suivant. Son titre Quinze jours ailleurs reprenait celui d’un film de Vicente Minelli. |
Plus récemment, il en fit un livre Le jour où Gary Cooper est mort. En mai 1961, le grand acteur américain venait de disparaître, et celui qui le découvrait avait 21 ans. A bien y réfléchir, il y avait d’ailleurs, chez Michel Boujout, avec sa haute taille, son flegme, son léger sourire, la sympathie qu’il dégageait, quelque chose de celui qui incarna les héros de Pour qui sonne le glas et du Train sifflera trois fois.
Michel avait ce que l’on appelle une tête politique. Plutôt libertaire, le penchant de son père, en plus doux. L’engagement de l’Humanité dans ce retour de l’automne 2000 sur la guerre d’Algérie lui avait fait redécouvrir le journal et les Amis de l’Huma. Il les avait rejoints parce qu’il y avait, à ses yeux, quelque chose de « juste » et « d’increvable » dans « l’idée communiste », comme il l’a écrit, en 2002, dans une description pleine de saveur et de malice de la fête de l’Huma. En conclusion, afin que nul ne s’y trompe, il citait la fameuse lettre critique de l’écrivain italien Elio Vittorini à Palmiro Togliatti : « Je n’ai pas adhéré à une philosophie en m’inscrivant à votre parti, j’ai adhéré à des luttes et à des hommes ».
Modeste témoignage en guise de salut des Amis de l’Humanité au modeste qu’était Michel Boujut. D’autres diront l’étendue de son parcours d’historien du cinéma et l’intérêt de ses livres.
Charles Silvestre
--> Un point de vue : "Dimanche 22 heures", à l'occasion de la victoire du "NON" au référendum de 2005