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Conférence de Charles Silvestre à la maison de la poésie

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loghuma Le cri de Jaurès, Caubère, Benedetto…

Reprise du cycle «Figures d’humanité», à la Maison de la Poésie, samedi dernier, avec une conférence de Charles Silvestre sur Jean Jaurès, suivi du spectacle de Philippe Caubère, Urgent crier!, dédié à André Benedetto, fondateur du festival off d’Avignon, évoquant Vilar et Artaud… Un débat avec le comédien a ensuite eu lieu sur les résonances aujourd’hui.

 

Comme l’a souligné Ernest Pignon-Ernest, une fois n’est pas coutume, Charles Silvestre, l’inviteur habituel des « Figures d’humanité », était cette fois l’invité, samedi après-midi, à la Maison de la Poésie, pour une conférence sur Jean Jaurès, devant une salle comble, dont la fidèle Edmonde Charles-Roux. L’ancien rédacteur en chef de l’Humanité, auteur de Jaurès, la passion du journalisme (éd. le Temps des cerises), a tout d’abord rappelé qu’avant d’être un homme politique, le natif de Castres (Tarn) avait d’abord été un jeune journaliste régulier de la Dépêche (à Toulouse), rédigeant près de 1 312 articles, puis 2 650 textes dans le journal l’Humanité. Une performance extraordinaire qui était déjà politique, puisque ça lui a permis d’observer les événements de la IIIe République, et de les analyser. L’observateur se préparait à devenir un « acteur » majeur…

La plume à la main, sa pratique journalistique (basée sur la contre-enquête) n’a cessé d’évoluer, au vu d’événements qui l’ont poussé à se radicaliser, comme l’affaire Dreyfus ou le colonialisme : « Jaurès est mort en avant des armées. Il est mort, en avant du peuple. » Avant d’établir un lien entre le grand républicain, pour le progrès social, et Benedetto, acteur et metteur en scène engagé, disparu en 2009, Charles Silvestre est revenu sur la carrière précoce de ce quasi-génie (il parlait latin, grec, lisait l’anglais, l’allemand…), député en 1885, après une première victoire à Carmaux. C’est là qu’il comprend que la lutte sociale, née dans la rue, peut amener à une victoire par les urnes.

Pour lutter, Jaurès cherche la vérité, la justice. Il argumente, veut des preuves. Il se veut pédagogue, il instruit le peuple. Ainsi, sous la plume du « liseur », il écrit de nombreuses chroniques sur les poètes, Mallarmé, Verlaine, Rimbaud, et sur les peintres de son époque. Pour Jaurès, la culture sert à résister, notamment aux attaques contre la laïcité : « Le fond de la politique devrait être plus culturel », a conclu Charles Silvestre, chaudement applaudi, juste avant d’évoquer Benedetto, créateur de spectacles sur Che Guevara et Rosa Luxemburg, deux révolutionnaires assassinés. Il a écrit et joué, en 1984, Jaurès, la voix, une pièce sur la guerre, dont ce dernier a été une des premières victimes : « Jusqu’au bout, Jaurès a refusé cette option. »

Comme Jaurès, Benedetto maniait le verbe. Comme Jaurès, qui voulait être entendu. « Vous m’entendrez ! » criait ce dernier aux députés. La voix de Benedetto résonne jusqu’à aujourd’hui, grâce à Philippe Caubère, qui l’a bien connu : « Il représente un premier “maître” que j’admirais. Depuis longtemps, je voulais dire des textes de cet homme de théâtre engagé, que ce soit sur Jean Vilar, ou sur Artaud le Momo… Ces textes sont enchâssés dans la poésie révolutionnaire des années 1960-1970. Comme Vilar, il rêvait d’une culture populaire, au sens du service public, et d’un théâtre aussi nécessaire et facile d’accès que l’eau et l’électricité… L’instrument est là – textes, acteurs –, c’est la structure qui pose problème. On va de plus en plus vers un théâtre de loisir. Celui porteur de sens a de plus en plus de mal à exister. Comme ce spectacle, qui a du mal à être vendu. Les Amis de l’Huma, c’est important pour moi, j’avais le trac. Il faut des foyers de résistance, comme la Maison de la Poésie. »

Guillaume Chérel

  • Pour ceux qui seraient interressés par la conférence de Charles Silvestre, celui-ci pourra répondre à vos demandes : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
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